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Manuel Sur la Couverture Médiatique du VIH/SIDA en Afrique
Le Rôle des Médias

Les médias peuvent peser d’un poids considérable dans la lutte contre le VIH/sida. A l’instar d’autres problèmes tout aussi pressants, en Afrique comme ailleurs, les médias sont “un élément clé de la résolution du problème”.2 C’est ce dont les journalistes, lorsqu’ils ont eu la possibilité de réfléchir à leur rôle, se sont rendu compte très vite, et ils avaient raison.3 Les médias touchent une grande partie de la population et ce nombre ne cesse d’augmenter. Des secteurs médiatiques divers touchent pratiquement toutes les couches des populations, urbaines et rurales, riches et pauvres jeunes et vieux, hommes et femmes, spécialistes et non-spécialistes, décideurs et populations concernées, communautés et leaders communautaires.

Souvent, les actualités sont la première source d’information, quelle que soit la nature de l’information. Une grande partie de la population se fie désormais aux médias pour connaître l’actualité ou obtenir une information importante et dans une large mesure, cette information peut forger la vie quotidienne de tous. C’est pourquoi les médias peuvent sensibiliser davantage l’opinion au VIH/sida. Cette sensibilisation est nécessaire si l’on veut que les particuliers puissent examiner d’un œil critique les défis posés par le VIH/sida et, en toute connaissance de cause, contribuer à arrêter la pandémie, se protéger et exiger que les personnes atteintes du VIH/sida soient prises en charge et traitées correctement. La couverture médiatique vient compléter les informations sur le VIH/sida provenant d’autres sources telles que les amis, les professionnels de la santé et les panneaux d’affichage.

CONSCIENTISER L’OPINION

Sous des formes diverses, les médias peuvent fortement contribuer à conscientiser l’opinion et susciter le dialogue et le débat.
  • Les médias peuvent lancer des débats publics et des discussions sur les politiques en matière de VIH/sida, débats qui sensibiliseront l’opinion et pousseront les responsables politiques, financiers et autres à agir. Une couverture précise du VIH/sida par les médias peut pousser l’opinion et les responsables politiques à appuyer la lutte contre la pandémie.4
  • Les médias influent sur l’opinion publique et sur les comportements face au VIH/sida, notamment les comportements face aux personnes touchées par le VIH/sida. Une analyse réalisée sur plusieurs décennies conclut qu’il existe une forte corrélation entre la couverture médiatique et l’opinion publique. Lorsque les médias se focalisent sur un problème particulier, l’opinion publique y est plus sensible et devient, par conséquent, plus susceptible d’appuyer des mesures correctives5. Les comportements influent sur les réactions des populations face au VIH/sida, ainsi que sur les soins et le traitement des sidéens par leurs pairs, leurs employés, leur famille, la communauté, la santé publique et la justice.
  • Parallèlement, les médias influent sur le langage du VIH/sida qui, à son tour, influe sur l’analyse et le traitement de la maladie et des malades du VIH/sida par le public, et enfin sur les comportements qui renforcent ou non la vulnérabilité face au VIH/sida.
  • Les médias peuvent aussi mettre en exergue les comportements sains, afin de prévenir le VIH/sida, de protéger les plus vulnérables et de prendre en charge les personnes touchées par la pandémie.

Comment les journalistes conçoivent-ils leur rôle?

Lors de la Conférence internationale sur le sida qui s'est tenue en 2000 à Durban (Afrique du Sud), une éminente journaliste a répété ce que les journalistes africains savaient depuis longtemps - "qu'il faut beaucoup de courage pour être reporter" et que, pour couvrir le sida, "il faut être courageux pour poser des questions et exiger des réponses".6

Elle décrit ses propres difficultés dans ce domaine.: "[en 1988] je pensais … qu'il était acceptable de dire que notre travail consistait à raconter l'épidémie et à la montrer sans fard. Notre travail consistait à prendre notre lecteur, notre auditeur ou notre téléspectateur par la main, lui faire voir l'épidémie et lui montrer le désespoir. J'avais tort."

Elle poursuit: "Il est vraiment temps que, tous autant que nous sommes, au Nord et au Sud, nous arrêtions de dire tout simplement: 'C'est triste, c'est dramatique. Les chiffres sont élevés. La situation s'aggrave. Oh, Mon Dieu!" Nous devons prendre notre travail beaucoup plus au sérieux que cela… Nous devons citer les noms des personnes corrompues, nous devons exiger que l'on nous rende des comptes. Nous devons exiger la vérité…Les faits doivent être connus…Les questions doivent être posées…Et là où ils existent, les aspects positifs doivent être soulignés et suivis de la question suivante: "Si ça marche la-bas, pourquoi pas chez nous?7

Les journalistes ont aussi des responsabilités envers leurs rédacteurs, leurs éditeurs, directeurs de stations et réalisateurs. C'est pour eux que les journalistes sont obligés de faire du bon journalisme. Un journaliste qui a écrit de nombreux articles sur le VIH/sida décrit les directives de son patron en ces termes (courants, apparemment): "Montre nous ce qui est attractif, pas ce qui est digne d'intérêt." La difficulté pour le journaliste, dit-elle, est de trouver l'angle sous lequel faire son reportage.8

Quand on pense au journalisme de qualité, il y a certains rôles que les journalistes ne sont pas supposés jouer.

  • Les journalistes ne sont les porte-parole ni des organismes privés ni des organismes publics ni des ONG.
  • Les journalistes ne sont pas des éducateurs sanitaires, même si leur travail peut, entre autres, véritablement sensibiliser l'opinion au VIH/sida.

Comme l'écrit un rédacteur, "Pour intéresser le peuple africain, le journalisme doit traiter des problèmes et des difficultés du développement. Et l'un des principaux problèmes de développement - en fait, la survie même de l'Afrique en dépend… est celui de… la santé." Si cette idée est connue d'un grand nombre, le VIH/sida en Afrique dépasse largement le seul problème de la santé.9

DÉCLARATION DE MISSION INDIVIDUELLE
  • Ceux qui ne travaillent pas dans les médias peuvent idéaliser le rôle du journaliste à l'ère du VIH/sida. En fin de compte, c'est pourtant au seul journaliste qu'il incombe de décider du rôle et des responsabilités qu'il assumera envers sa communauté, son pays et le continent africain, et ensuite de se montrer à la hauteur de ses propres principes.
  • Au fil des ans, les journalistes trouvent utile de rédiger leur propre "déclaration de mission individuelle"10. Dans cette déclaration, le journaliste décrit les objectifs qui lui tiennent à cœur à long terme et explique comment il va contribuer à changer le cours des choses et à améliorer sa communauté ou la société. Il peut aussi inclure un passage sur ce qu'il devra faire pour gagner le respect et l'admiration de ses collègues. Ces déclarations personnelles peuvent guider un journaliste dans son travail, l'inspirer pendant des années et lui permettre de faire face aux exigences, aux difficultés et aux pressions quotidiennes.
Exercice: Rédigez une description de votre mission en tant que journaliste chargé de couvrir le VIH/sida.