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Manuel Sur la Couverture Médiatique du VIH/SIDA en Afrique
Informer Sur Les Personnes Affectées Par le VIH/SIDA

Informer sur le VIH/sida présente de nombreuses difficultés pour les journalistes. Le plus difficile, peut-être, ce sont les rapports que ces derniers doivent entretenir avec les sidéens ou avec les personnes affectées par le VIH/sida, pendant des interviews, des conversations à titre confidentiel, des prises de vue et des reportages. Protéger la vie privée de ces personnes, veiller à ne pas divulguer des renseignements confidentiels, éviter la culpabilisation et les stéréotypes et se retenir de traiter les sidéens comme des victimes, sont des principes essentiels à la présentation d'une information éthique, juste et constructive sur le VIH/sida.

Comme toujours au moment d'aborder un thème sensible, la journaliste doit d'abord s'interroger sur ses propres sentiments, ses peurs, ses vulnérabilités et ses préjugés. C'est essentiel, car les sentiments et les valeurs personnelles des journalistes peuvent fortement influer sur leur façon d'aborder un sujet et de le traiter.

Respect de la vie privée et confidentialité

Lorsque l'on s'entretient avec une personne touchée par le VIH/sida, il faut absolument être sensible à ses besoins et son point de vue. Il peut être utile de préparer quelques questions avant l'interview, et même de demander à un représentant d'un organisme local, spécialiste des prestations de services aux sidéens, d'en commenter la pertinence. Avant de commencer l'interview ou bien avant que la personne ne consente à donner une interview, il est possible de passer les questions en revue avec la source.

La confidentialité doit toujours être respectée, particulièrement lorsque la source est une personne vivant avec le VIH/sida, ou bien touchée de près par le VIH/sida. Voici ci-dessous quelques directives relatives aux rapports avec les personnes interviewées:

  • Prévenez la personne interviewée des conséquences possibles si elle décide de révéler son identité. Il existe de nombreux cas de personnes infectées par le VIH/sida que l'on a mises à l'écart, persécutées et même assassinées, une fois leur identité et leur séropositivité révélées. Gugulethu Dlamini, une femme sud-africaine, compte parmi ces victimes. Elle a été lapidée et battue à mort dans son village après que sa séropositive a été divulguée.
  • Abordez les personnes que vous souhaitez interviewer avec gentillesse et tact.
    • Mettez les personnes au courant et laissez-les se préparer pour l'interview.
    • Les personnes susceptibles d'être interviewées qui ont peur de parler à des journalistes peuvent être contactées par un intermédiaire sûr, par exemple un prestataire de service aux sidéens. Cet intermédiaire peut aider le journaliste à traiter la personne interviewée avec tact, et peut protéger celle-ci de questions injustes.

Eviter la culpabilisation et les stéréotypes destructeurs

Pour les journalistes chargés d'écrire sur le VIH/sida, il importe de repérer les comportements qui renforcent les risques plutôt que d'identifier les catégories de personnes les plus susceptibles d'être affectées par le VIH/sida. Parmi les comportements à haut risque, citons les rapports sexuels non protégés, le partage d'aiguilles entre toxicomanes et les rapports sexuels avec des partenaires multiples. D'autres activités peuvent indirectement accroître les risques parce qu'elles favorisent les comportements à risque, certains exemples évidents étant l'usage d'alcool et de stupéfiants et les rapports avec des travailleuses sexuelles.

Il importe également d'informer sur la transmission possible du VIH en l'absence de comportements dangereux. Lorsqu'une personne se fait violer, par exemple, elle est plus susceptible d'être infectée. Toute personne recevant une transfusion sanguine d'une banque de sang qui n'applique pas sérieusement l'ensemble des mesures de détection du VIH est également plus susceptible d'être contaminée. Il n'est pas rare que les femmes mariées et monogames courent un risque parce que leurs maris ont des relations extra conjugales non protégées.

Outre les comportements individuels, les mentalités jouent aussi un rôle important dans la progression du VIH/sida et elles forgent les futures politiques publiques. Vu l'énorme influence des médias sur les mentalités, les journalistes doivent analyser d'un œil critique l'évolution des mentalités face au VIH/sida, puis divulguer l'information.

Lorsqu'ils ont commencé à parler du VIH/sida, les médias se sont surtout intéressés aux groupes à haut risque, comme par exemple, les travailleuses sexuelles. Cette approche étroite, qui reflétait et engendrait une attitude moralisatrice d'opposition entre "ces gens là " et "nous", sous-entendait que les personnes atteintes du VIH/sida méritaient leur sort. Les sidéens ont parfois été utilisés par les médias pour susciter la panique face au VIH/sida. Pourtant, le journalisme éthique et performant exige le respect de la vie privée, de la dignité et des sentiments des sidéens

Une information objective s'intéressera moins à la façon dont la source a été contaminée par le virus qu'aux autres facettes de son expérience personnelle. Florence Ngobeni est conseillère sur le sida en milieu hospitalier à Soweto (Afrique du Sud). Depuis qu'elle a révélé publiquement sa séropositivité, elle a donné de nombreuses interviews. Elle raconte que les journalistes lui demandent souvent: "Comment êtes-vous devenue séropositive?" A son avis, la question non seulement sous-entend qu'elle, la personne vivant avec le VIH, doit être blâmée pour sa maladie, mais elle traduit également l'insensibilité et les préjugés des journalistes.23

EVITER LES STÉRÉOTYPES

Pour éviter de perpétuer des stéréotypes dans leurs articles, les journalistes ne doivent pas tomber dans le piège, à savoir reprendre des exemples trop évidents lorsqu'ils cherchent à illustrer leur sujet et lui donner un angle de vue humanitaire.

  • Allez interviewer quelqu'un à qui votre lecteur pourra s'identifier, une "voisine", par exemple, une mère de famille, mariée, de classe moyenne.
  • Envisagez de prendre comme exemple des citoyens et des responsables, des vedettes sportives, des célébrités et des professionnels connus, des responsables politiques respectés et des membres influents dans leur communauté.
  • Trouvez des groupes démographiques qui n'ont pas été couverts par les médias, mais que leur situation particulière rend plus vulnérables au VIH /sida. Par exemple, les adolescents, les travailleurs migrants et les femmes réfugiées sont plus susceptibles d'être infectés.

Rendre autonomes plutôt que victimes

Les personnes vivant avec le VIH/sida ou qui sont affectées par la maladie ne doivent pas être décrites comme des irresponsables, car souvent, ce n'est pas le cas, et laisser entendre qu'elles sont irresponsables ne sert à rien et révèle un parti pris.

Les personnes qui vivent avec le VIH/sida ne sont pas des victimes. Comme l'explique Florence Ngobeni, les dépeindre comme des victimes sous-entend que ces personnes sont impuissantes et incapables de prendre des décisions, ce qui est faux. Charlene Smith, journaliste sud-africaine, qui a couvert le sida et communiqué son expérience personnelle de femme violée par un homme qui était peut-être séropositif, affirme: "Nous ne sommes victimes qu'une fois mortes."24

Les personnes qui vivent avec le VIH/sida peuvent être des responsables, des militants, des célébrités ou des porte-parole; elles peuvent être actives, productives, réussir dans la vie et être en bonne santé pendant de longues années, vivre une vie épanouissante et heureuse. Quand on informe sur le VIH/sida, il faut parler de ces “modèles”. L’honnêteté exige de parler de ces cas lorsqu’on dépeint le VIH/sida sous son vrai visage.

UN ANGLE POSITIF

Dans une émission de radio, au Ghana, la réalisatrice Sarah Akrofi-Quarcoo25 fait un reportage sur la transmission du VIH/sida de la mère à l'enfant. Tout d'abord, elle prend l'exemple d'une femme et de son bébé, puis elle cite quelques chiffres qui illustrent cette situation dans le monde et au Ghana, et ensuite, elle donne à son émission un premier angle positif.

  • "… la transmission est moins fréquente lorsque les femmes prennent des antirétroviraux et évitent d'allaiter leur nouveau-né. Ces deux mesures, alliées à une naissance par césarienne, réduisent énormément les risques de transmission de la mère à l'enfant."
  • La journaliste approfondit et parle de la situation de la majorité des femmes dans son pays, et des obstacles auxquelles elles sont confrontées. Elle affirme, par exemple, que "dans la plupart des cas, les femmes n'apprennent leur contamination que lorsque l'enfant tombe malade ou meurt". Elle fait état d'autres difficultés mais conclut son émission par ces mots:
  • "Informer et sensibiliser sur la santé reproductive restent les outils les plus puissants dont nous disposons aujourd'hui en matière de prévention." Akrofi-Quarcoo dépeint la situation dans sa réalité, qui est certainement sombre à certains égards, mais elle démontre aussi que l'on peut faire quelque chose.

Compassion et soutien

Les personnes qui vivent avec le VIH/sida ont besoin de soins et de compassion et méritent les deux. S'il importe qu'une journaliste comprenne son sujet, elle doit aussi comprendre les personnes qui vivent avec le VIH/sida.

Pourtant, il faut faire attention quand on exprime sa sympathie. Les personnes qui vivent avec le VIH/sida n'ont pas besoin de pitié et elles n'en veulent pas. Au contraire, elles considèrent que la personne qui les prend en pitié les considère comme impuissantes, sans espoir et incapables de faire des choix.

Aborder les affligés

Ceux qui pleurent la perte de personnes aimées méritent le respect. Il est mal venu de placer de force un micro ou une caméra devant une personne en deuil. Un journaliste doit assister à un enterrement uniquement s'il y est invité ou si la famille accepte sa présence.