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Manuel Sur la Couverture Médiatique du VIH/SIDA en Afrique
Sources D’Information

Pour survivre, la journaliste doit se constituer une liste de sources d'information crédibles. Vu la complexité du problème du VIH/sida, les journalistes doivent disposer de tout un ensemble de sources qui leur fourniront des citations, des données contextuelles, des explications sur les aspects complexes ou techniques, des suggestions utiles et des pistes, des découvertes et autres points d'actualité, et enfin, des contacts avec d'autres sources. Trouver de bonnes sources d'information demande beaucoup de travail.

Les journalistes feraient bien de consacrer du temps aux travaux de recherche et devraient réserver à cette activité une place importante et régulière dans leur travail.

Un reporter de Business Day en Afrique du Sud a trouvé un bon sujet d'article dans des études comparatives sur la discrimination, les préjugés et les dénégations qui entourent le VIH /sida en Inde et en Ouganda, puis il a continué son article en citant des responsables locaux et internationaux, et des militants. (Ces études proviennent de l'ONUSIDA, elles sont consultables sur Internet, par exemple.)

Le journaliste écrit:"La peur et la honte expliquent le traitement mesquin réservé aux personnes séropositives et, dans certains pays… l'humiliation continue après la mort … Il est évident que le rejet et l'ostracisme continuent [en Ouganda] … En dépit des efforts déployés au fil du temps par les pouvoirs publics, les organisations non gouvernementales et les communautés, le syndrome est toujours associé à "un comportement sexuel débridé et condamnable."

L'auteur intègre habilement à son article quelques points positifs, citant un militant local et le directeur de l'ONUSIDA, qui font tous les deux des commentaires utiles afin de mieux faire face au VIH/sida.

Trouver des sources et travailler avec elles27

Pour démarrer une liste de sources ou encore la compléter, il suffit d'abord de repérer les sources citées par vos collègues dans leurs articles et leurs récits. Toutefois, ce n'est là qu'un point de départ. Trop souvent, les mêmes sources sont citées de façon répétitive, ce qui peut ennuyer l'opinion et restreindre la couverture du VIH/sida à certains aspects.

L'étape suivante consiste à constituer un réseau de sources en demandant à chacune de vos sources originales de vous en recommander une seconde. En fait, à la fin de chaque interview, un journaliste devrait demander à la personne interviewée le nom d'une autre personne à interviewer.

Il importe d'évaluer ses sources pour déterminer si elles sont crédibles et respectées de leurs collègues, si elles ont été honnêtes sur l'information qu'elles vous ont fournie, et si elles se sont montrées coopératives. Sinon, ces sources ne valent pas la peine d'être gardées.

Pour ce qui est de la coopération avec les sources, deux points importants doivent être notés. Tout d'abord, pour diverses raisons, dont beaucoup sont légitimes, des sources potentielles peuvent avoir peur de parler aux médias. Ces sources (ou leurs collègues) peuvent avoir eu de mauvaises expériences avec les médias. Souvent, cela vient d'un problème de communication entre la source et le journaliste. Toutefois, un journaliste consciencieux et dévoué peut - et doit - essayer, avec douceur et courtoisie, d'encourager la source à coopérer.

Ensuite, les journalistes ont souvent du mal à obtenir des données actualisées auprès de sources gouvernementales, surtout lorsque les reporters veulent s'enquérir des derniers chiffres publiés sur le VIH/sida. Il ne faut pas se laisser décourager lorsque les sources gouvernementales ne sont pas accessibles. En fait, il y a bien d'autres moyens d'obtenir des données actualisées. Il est possible, par exemple, de s'adresser à une organisation non gouvernementale ou à la section locale d'une organisation humanitaire, telles que la Croix Rouge ou l'Organisation mondiale de la santé, pour obtenir des statistiques importantes. Même si les chiffres disponibles ne concernent pas l'ensemble du pays, ils peuvent se référer à des zones plus restreintes ou à certains segments démographiques. Voici quelques exemples offerts par des journalistes:

  • S'adresser aux responsables scolaires afin de découvrir le nombre d'enseignants qui ne reviennent pas enseigner l'année suivante, en raison du VIH/sida.
  • Parler aux directeurs de pompes funèbres pour obtenir des chiffres comparatifs sur les décès ou sur l'âge des personnes décédées.

Obtenir un maximum d'information auprès de bonnes sources

Les bonnes sources sont précieuses et les bons journalistes entretiennent d'excellentes relations de travail avec elles. Ci-dessous, voici quelques conseils pour entretenir vos sources et obtenir un maximum d'information auprès d'elles:

  • Appliquez les principes éthiques relatifs à la collecte d'information et à la couverture du VIH/sida.
  • Traitez vos sources avec respect (dans l'intérêt de la source, bien sûr, mais aussi dans votre intérêt à long terme).
  • Prenez l'habitude de fournir et d'échanger des informations avec la source. N'appelez pas votre source uniquement lorsque vous avez besoin d'une information.
  • Préparez-vous avant votre conversation ou votre interview:
    • Ne faites pas perdre de temps à votre source.
    • Demandez à votre source quel est son point de vue. Dans le cas de sources techniques, renseignez-vous sur leur travail et sur leurs principaux grands travaux.
    • Si possible, revoyez à l'avance les questions avec votre source. Au minimum, expliquez-lui le type d'information dont vous avez besoin.
  • Présentez-vous, dites que vous êtes journaliste et expliquez franchement la nature de votre article.
  • Evitez à tout prix de mal citer votre source ou de citer ses propos hors contexte. Cela peut arriver involontairement mais le journaliste doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour que cela ne se produise pas. Tout ce qui est cité "entre guillemets" doit correspondre exactement à ce que la source a dit, mot pour mot.
  • Traitez votre source avec respect et courtoisie, même lorsque vous posez des questions difficiles. Trop souvent, les journalistes confondent bon journalisme et impolitesse.
  • Etablissez certaines règles de base pour l'interview. Expliquez en termes clairs, que:
    • "de source officielle" (on the record) veut dire que le nom de la source peut être cité et que l'information peut être citée. Idéalement, tout peut-être publié.
    • "de source anonyme" signifie que le nom de la source ne peut pas être cité. Il est possible de donner une vague description de la source (par exemple, "un travailleur social"), mais en aucun cas, le journaliste ne peut donner une quelconque indication qui permettra d'identifier la source.
    • "de sources non révélées" signifie que le journaliste peut se servir de l'information mais sans attribution de source particulière.
    • "à titre officieux" (off the record) signifie que l'information obtenue dans l'interview ne peut pas être publiée. Le problème est que la même information peut être accessible ailleurs.
  • Expliquez, avec tact, que la principale responsabilité d'une journaliste est sa responsabilité vis-à-vis de son lectorat. Elle ne peut pas se faire le porte-parole de sa source, mais elle sera impartiale et honnête. Il est fréquent que les articles, une fois écrits, ne soient pas conformes à ce que la source imaginait.

Il arrive que des sources disent quelque chose puis, quelques instants ou quelques jours plus tard, décident qu'elles ne veulent pas être citées. Bien qu'en vertu des règles établies préalablement, la journaliste ait le droit de citer sa source, elle doit d'abord penser aux conséquences possibles, pour la source et pour elle, et aux conséquences d'un tel acte sur sa relation future avec sa source ou les collègues de sa source.

DIRECTIVES SUPPLÉMENTAIRES SUR LA FAÇON DE MENER UNE INTERVIEW:28

  • Présentez-vous sans ambiguité avant de commencer l'interview.
  • Ecoutez attentivement. Ne contredisez pas votre source. Gardez votre opinion pour vous.
  • N'ayez pas peur de poser des questions difficiles mais restez courtois(e).
  • Parfois, une source parle sans arrêt, donne des informations sans intérêt, parle de lui (d'elle), évite les questions ou devient agressif. Soyez patiente, persistante, restez courtoise et calme. S'il le faut, reformulez la question.
  • Essayez de poser d'autres questions en vous inspirant du contenu de la discussion.
  • Si quelque chose n'est pas clair, demandez des éclaircissements. Il est parfois utile de paraphraser ce qu'a dit la source pour qu'elle puisse vous corriger si nécessaire.
  • Terminez l'interview aimablement. Demandez à la source si vous avez oublié un point important. Assurez-vous que vous pouvez la rappeler en cas de besoin; que ce soit pour les besoins d'une vérification ou d'un complément d'information.

Catégories de sources

Vu les nombreux aspects du VIH/sida, les sources d'information peuvent être nombreuses et variées. Voici une liste utile de sources classées par grandes catégories (aspect humanitaire, social, sanitaire, médical et économique). Ces catégories ne sont en aucun cas exhaustives. Par exemple, les sources entrant dans la catégorie "santé" peuvent aussi être de bonnes sources d'information sur l'aspect humanitaire et social du VIH/sida:

Aspect humanitaire:

  • Les personnes qui vivent avec le VIH/sida - hommes, femmes, adultes, jeunes, mariés, célibataires, riches, personnes des classes moyennes, pauvres, habitants des zones rurales, des zones urbaines, travailleurs migrants, personnes appartenant à une majorité ou une minorité ethnique, raciale ou tribale, travailleurs, étudiants, responsables, porte-parole et personnes ordinaires.
  • Familles des personnes qui vivent avec le VIH/sida - épouses, époux, enfants, parents, grands-parents, frères, sœurs, oncles, enfants à charge, gardiens et chefs de famille.

Secteur social:

  • Responsables communautaires - dans les quartiers, villages, villes et dans les églises et autres institutions religieuses.
  • Militants pour la défense du droit des enfants, des femmes et militants des coalitions contre le sida.

Santé:

  • Les travailleurs du secteur de la santé, tels que les infirmiers et les infirmières, les médecins, les psychologues, les pharmaciens, les travailleurs sanitaires sur le terrain, les travailleurs sociaux et les tradipraticiens.
  • Les travailleurs sociaux qui travaillent chez les prestataires de service aux sidéens, les abris pour femmes et enfants.

Secteur médical/scientifique:

  • Chercheurs universitaires, organisations non gouvernementales, institutions de recherche médicale.
  • Porte-parole des groupes pharmaceutiques.

Secteur économique:

  • Economistes des banques, universités et organes de recherche.
  • Employés et travailleurs dans les usines, dans les écoles, l'agriculture et les petites et grandes entreprises.

Secteur politique et judiciaire:

  • Juges, avocats, experts juridiques et politiques, responsables des forces de l'ordre, défenseurs des droits de la personne, responsables politiques nationaux et locaux.

Information générale:

  • Les bibliothèques peuvent être le lieu idéal où trouver des articles d'actualité, des données scientifiques et médicales et des pistes pour trouver un complément d'information.

Un nombre considérable d'institutions peuvent servir de sources dans un ou plusieurs de ces domaines. Un exemple évident est celui des Nations Unies - ONUSIDA (Programme conjoint des Nations Unies sur le sida), le FNUAP (le Fonds des Nations Unies pour la population) et l'UNICEF (le Fonds des Nations Unies pour l'enfance). Il existe également d'autres agences des Nations Unies et organisations internationales, nationales et locales qui peuvent s'avérer très utiles.

Internet

Pour celles qui ont accès à Internet, cet outil peut être un outil de recherche précieux. Tout comme pour d'autres sources d'information, il est important que la journaliste examine les sites qu'elle visite d'un œil critique, et qu'elle essaie d'évaluer la véracité et la fiabilité de l'information. Certains sites Internet respectables et dignes de ce nom permettent de s'informer sur le VIH/sida. Vous trouverez une liste de certains sites au dos de ce manuel.

Si Internet est utile, cette source seule ne suffit pas. Comme l'a dit récemment un journaliste sud-africain, qui se faisait l'écho de ses collègues, "nous devrions faire plus de recherches, nous fier moins à Internet et aller plus sur le terrain, rencontrer les chercheurs et les scientifiques, et les personnes infectées et affectées."